Un(e) jeune entrepreneur(e) du savoir n’est rien d’autre qu’un(e) doctorant(e)

 

Et si je vous demande d’imaginer le profil d’un(e) doctorant(e) … allez-vous penser à une personne qui se consacre entièrement à sa thèse malgré la pression morale et financière ? A une jeune femme fraichement diplômée et mariée qui a décidé de s’inscrire dans un cycle doctoral uniquement pour avoir un statut autre que « femme au foyer » ? Ou alors des salariés qui se sont engagés dans une thèse en parallèle avec leur travail à plein temps et qui vont attendre leur dixième année d’inscription pour rédiger leur revue de littérature (oups ! J’exagère un peu) ?

Nous croisons tous des profils pareils à des proportions différentes en fonction de plusieurs paramètres auxquels on pourrait s’intéresser par la suite. Toutefois, certains sont tout simplement le fruit de stéréotypes construits par la société . Pas tous les jeunes doctorants qui se sont consacrés entièrement à leur thèse arrivent à avancer comme il le faut, pas toutes les jeunes femmes mariées se sont inscrites uniquement pour avoir un “ titre ”, et certains salariés sacrifient des nuits de sommeil pour maintenir un rythme d’avancement régulier.

Mais il existe une chose en commun entre tous ces profils que la majorité d’entre nous ignore. Un doctorant est avant tout un entrepreneur : un entrepreneur du savoir. N’ai-je pas raison ? Ne s’agit-il pas d’un projet à modéliser pour une cible bien déterminée, dans une durée limitée, avec des ressources limitées et des contraintes plus ou moins critiques ?

L’entrepreneur(e) du savoir détecte en premier un GAP entre l’ignorance et le savoir, il a pour objectif de répondre à un besoin qui prend la forme d’une question de recherche et qui fera l’objet de son projet de thèse (projet de création d’entreprise). La deuxième étape serait d’intégrer un incubateur public pluridisciplinaire (un centre des études doctorales) pour une durée de 3 ans (négociable). Ce lieu représentera pour lui un espace d’échange et d’apprentissage avec des exigences de rendement prédéterminées. Cette personne recevra de la part de son directeur de thèse (investisseur majoritaire) sa première levée de fond en nature : son expertise, son temps, son savoir faire ainsi que ses références. Le choix de ce premier investisseur serait décisif pour l’avenir du projet, en fonction de son niveau d’implication ainsi que la nature de la relation développée entre les deux parties. Il serait possible de bénéficier d’une bourse d’étude (subvention de l’Etat) pour financer ce projet,qui couvrira uniquement les besoins primaires (ou presque).Et puis certainement, il ou elle aurait recours à d’autres sources de financement : la famille ou l’entourage le plus proche (Love Money), qui vont lui offrir en bonus un soutien moral, dont il/elle aura le plus besoin (tout comme n’importe quel(le) entrepreneur(e) d’ailleurs).

Au fil du temps, généralement à partir de la deuxième année, une fois que le business modèle initial est pratiquement prêt, il serait possible de s’intéresser à d’autres activités connexes, en parallèle avec l’activité principale (la thèse) .Ces activités pourraient avoir un impact positif comme elles pourraient nuire à l’avancement du projet en fonction de leur nature , du temps et l’énergie qui leur sont consacrés. La rédaction et la publication d’articles scientifiques en fait partie, elle permet aux jeunes doctorants et futurs chercheurs, de mesurer leur niveau d’intégration dans le marché auquel ils appartiennent. Pour un chercheur, La publication correspond à une monnaie, puisque son expertise gagne en valeur en fonction de la qualité des articles et la renommée des journaux où il/elle a publié.

Il existe certainement d’autres similarités, entre le monde de l’entrepreneuriat et celui de la recherche mais le plus important pour moi dans cet article introductif est de pousser les doctorants, en premier, et leur entourage en second à reconfigurer la vision qu’ils ont de ce parcours. Nous ne sommes probablement pas des personnes qui s’enferment jour et nuit dans un laboratoire pour inventer la prochaine formule de Dieu, mais très souvent, des gens ordinaires ayant pour mission de créer de la valeur ajoutée intellectuelle au service d’une communauté avide de connaissance.

Et n’oubliez pas que le savoir n’existe que quand il est partagé. 

8 commentaires sur “Un(e) jeune entrepreneur(e) du savoir n’est rien d’autre qu’un(e) doctorant(e)

  1. Bravo pour avoir soulevé ces grandes questions: doctorant pourquoi?, comment? avec quoi?.. Et qui encadre, oriente et EXIGE LA MÉTHODOLOGIE?..
    Mais il y a aussi la question de l’intérêt immédiat et lointain de toute l’entreprise de recherche..
    En tout cas merci pour avoir partagé la réflexion. Dr JD El Ahmadi

    1. Tout à fait Docteur, je rejoins parfaitement votre avis. L’entreprise de la recherche doit avant tout mettre en place une stratégie qui doit répondre à des besoins spécifiques ( qui doivent impérativement être adaptés à ceux de la société en termes savoir et de connaissances)

  2. Très bonne réflexion sur les doctorants et leur travail. Adéquation entre formation, recherche et opportunités et besoins de l’économie restent un champ fertile de réflexion.
    Bravo et bonne continuation!

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